Les conduites addictives.

Formateur : Directrice de CSAPA, Psychologue clinicien

Durée : 4 jours en 2 sessions de 2 jours à un mois d’intervalle

Lieu et dates : Pérenchies (59), les 22, 23 septembre et les 13 et 14 octobre 2022 ou intra établissement

Public : Professionnels de santé (infirmiers, cadres, éducateurs) intervenant dans les organisations sanitaires sociales, associatives et éducatives.

Prérequis : Être en poste et avoir trois années d’expérience auprès de personnes souffrant de dépendances.

DPC Oui. N°26172100005

Accessibilité: Non

Prix : 800 € – Formation intra établissement: pour un devis personnalisé nous contacter

CONTEXTE

Aujourd’hui en France, le terme « addiction » est utilisé pour tout et par tous, parfois très loin de sa véritable définition. Les conduites addictives touchent tous types de personnes, de tous âges, de tous milieux et de toutes conditions de santé. Les patients accueillis en psychiatrie ne sont pas épargnés.
Pour l’INSERM, la consommation d’alcool diminue régulièrement depuis 40 ans en France, cependant, la proportion de personnes en difficulté avec l’alcool reste stable à 10% de la population (soit plus de 6 millions d’habitants en 2020) ; le tabac représente près de 73 000 morts, en raison des comorbidités et mortalités associées.
Quel que soit le produit psychoactif utilisé, la pathologie addictive est une maladie chronique, à récidive fréquente, et nécessite selon les situations et les objectifs de l’usager, un diagnostic, une prescription médicamenteuse, un accompagnement psychologique ou psychiatrique et un suivi socio-éducatif, possiblement à long terme. Le parcours de soins est loin d’être rectiligne.
Favoriser l’accès aux traitements de substitution aux opiacés (TSO) est devenu un enjeu de santé publique pour permettre le soin, resocialiser les populations dépendantes à l’héroïne ou autres médicaments opiacés (utilisés en traitement contre la douleur), prévenir les infections virales (VIH, VHC) pour les injecteurs.
En ce qui concerne les addictions sans produit (jeux, écrans, travail, sport, sexe, achats compulsifs…), elles font désormais, et de plus en plus souvent, l’objet de demande d’accompagnement par les professionnels de santé salariés ou libéraux avec des orientations dans des établissements sanitaires et/ou médico-sociaux.
Quel que soit le type d’addiction, le sujet reste tabou, avec un vécu de honte et de culpabilité pour l’usager, un vecteur de nombreuses idées reçues pour la population en général et parfois pour les professionnels de santé salariés ou libéraux.
La loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé reconnait la prise en compte des addictions comme priorité de santé pour l’ensemble de la population : des plus jeunes aux plus âgés, selon l’institution qu’ils fréquentent et en lien avec la médecine de ville (« parcours éducatif en santé » à l’école avec la prévention des conduites à risques ; des mesures de lutte contre la consommation de l’alcool jusqu’à l’ivresse ; la prévention et le diagnostic précoce des troubles des conduites alimentaires ; la lutte contre le tabagisme ; la réduction des risques pour les consommateurs de drogues, …)
On observe de plus en plus de consommations occasionnelles massives (binge drinking ou craving) ou de mélanges (poly-consommations d’alcool, médicaments, tabac, cannabis, jeux, sexe…) qui peuvent occasionner des risques et des complications pour la santé et la sécurité des usagers, de leur entourage et des professionnels chargés de les accompagner.
Souvent sous-estimés car prescrits par un médecin, les opioïdes antalgiques présentent un potentiel important d’abus, de mésusages et exposent au risque de surdosage ou de mélanges à risques (avec l’alcool).
Ce contexte professionnel crée des situations complexes et difficiles à gérer pour les professionnels de santé salariés ou libéraux de premier secours. Ces professionnels peuvent se sentir démunis face aux troubles du comportement des patients pouvant aussi présenter des troubles psychiatriques (psychose, état limite, dépression majeure…) souvent associés à des conduites et des co-morbidités addictives (démence, décompensation, manque ou overdose, pathologies digestives, pulmonaires ou cardiaques, hépatites, VIH…). Le règlement intérieur des institutions de santé est souvent questionné : entre liberté individuelle et risque collectif.
Notre proposition de formation permettra aux professionnels salariés ou libéraux concernés d’avoir une meilleure connaissance des addictions et des conduites addictives (avec ou sans produit) afin d’accroître leur rôle de repérage des usagers en consommation à risques ou en dépendance.
Ils pourront ainsi :

  • Adapter leur posture professionnelle, en individuel et en collectif.
  • Repérer et développer des stratégies de prévention et de bon usage des médicaments dont les opioïdes antalgiques et les traitements de substitution.
  • Améliorer les pratiques d’intervention thérapeutique vers la réduction des risques et des dommages.
  • Développer des savoir-agir (arrêt du tabac : traitements de substitution et outils disponibles…) dans leur pratique quotidienne et en situation de crise.
    Des situations problématiques ou complexes seront abordées lors de la formation pour développer une meilleure connaissance des intervenants du réseau spécifique en matière d’accompagnement et de prévention dans le champ des addictions (CSAPA, CAARUD, ELSA …), pour s’adapter à des situations particulières (public à la rue, patients addicts hospitalisés en psychiatrie, personnes âgées, femmes enceintes…) et ainsi adapter le parcours de ces personnes en difficulté.
    Cette action de formation s’inscrit dans les orientations DPC 2020-2022, fiche de cadrage 41 : Repérage précoce, accompagnement et prise en charge des patients présentant des conduites addictives de type alcool, tabac, cannabis, opioïdes, jeux, écrans, achats compulsifs, sexe.
OBJECTIFS
  • Acquérir une meilleure connaissance du concept d’addiction et des processus qui entrent en jeu dans les conduites addictives et les conduites à risque.
  • Développer des « savoir-faire » et des « savoir être » adaptés pour la prise en charge des personnes présentant des conduites addictives (tabac, alcool, cannabis, opioïdes) et des comportements addictifs (jeux, écran, achats compulsifs, sexe) : la posture professionnelle.
  • Être en mesure de concevoir, dans le contexte professionnel, des stratégies de prévention, de réduction des risques, d’accueil, d’intervention thérapeutique brève face aux personnes présentant des conduites addictives (tabac, alcool, cannabis et opioïdes) ou des comportements addictifs (jeux, écrans, achats compulsifs, sexe), en individuel et en équipe pluridisciplinaire.
CONTENU

MODULE 1 – 2 JOURS -CONDUITES A RISQUES ET ADDICTIVES : ADDICTIONS AVEC ET SANS PRODUIT (EFFETS RECHERCHES : ENTRE PLAISIR ET SOUFFRANCE). CLASSIFICATION DES COMPORTEMENTS.

1ER JOUR :
1ère demi-journée :

Autopositionnement.

Qu’est-ce qu’une conduite addictive ? Notion de langage commun
– Addiction, plaisir, risque, alcoolisme, dépendance, drogue…
– Définition des termes utilisés selon les auteurs (OMS, Fouquet, Goodman, Jellinek, Académie de médecine…..)

La question de l’épidémiologie des conduites addictives (avec et sans produits) en France au national et au régional:
– Publications Inserm, OFDT, OR2S
– Co-morbités

La question des représentations sociales.
– Addictions, culture et société : « Une société sans drogue, ça n’existe pas ».

La législation :
– Politique de santé actuelle concernant les addictions : loi de modernisation de notre système de santé de 2016 ; plan de lutte contre les conduites addictives (MILDECA)
– Législation française concernant les produits psychoactifs (licites/illicites/thérapeutiques)
– Périodes et dates phares : alcool, tabac, drogues illicites
– Création de dispositifs de soins spécialisés ou intégrés (addiction et psychiatrie)

Durée : 1h30

2ème demi-journée :

Le processus addictif :
– Addiction avec ou sans produit : processus.
– Effets des drogues : classification (dépresseurs, stimulants, perturbateurs).
– Diagramme des effets et contre-effets.
– Drogues et cerveau : le système de récompense, les neurotransmetteurs, la notion de plaisir.
– Liens entre conduites addictives et troubles mentaux : prise de produits psychoactifs, entre drogues et traitements médicaux.

Les types d’usage :
– La pyramide des usages : simple, à risques/occasionnel, nocif, dépendance :
o Différents types de dépendances et interactions.
o Tentatives de changement : entre abstinence et consommation massive, un parcours aléatoire.
– Effets des drogues sur la santé : recommandations de l’OMS concernant l’usage de substances psychoactives.
– Définition du DSM-V concernant les addictions : Troubles liés à l’usage (Pyramide de la sévérité). 11 critères pour évaluer la situation du patient.
– Illustrations cliniques des effets de la consommation selon les produits et les consommateurs. Pathologies psychiatriques et consommations : entre recherche d’effet thérapeutique et processus d’addiction. Vignettes cliniques.

Durée : 3 heures

2EME JOUR :

3ème demi-journée :

Retour sur la première journée

Effets des substances psychoactives :
– Les effets recherchés et non désirés dans les conduites addictives, à partir de la définition « Les drogues sont des substances psychoactives qui modifient le fonctionnement du cerveau » :
o Le cube des dangers et risques liés à l’usage de produits psychoactifs ;
o Le cube de satisfaction et les effets positifs recherchés dans la consommation de produits psychoactifs.
– Effets comportementaux : perte de contrôle, violence, transgression, conduites à risque diverses, risques des polyconsommations sur les comportements.

Comprendre les facteurs multiples des différents types d’addiction :
– Produit, individu, environnement : le triangle multifactoriel de Claude Olievenstein ;
– Facteurs de risque et facteur de protection : vulnérabilité et ressources individuelles et environnementales.

Comment devient-on addict ?
– Le cycle de l’assuétude selon Stanton Peele ;
– Mises en situation avec des illustrations cliniques : public accueilli en psychiatrie.

Durée : 3h30

4ème demi-journée :

Du dépistage à l’accompagnement : entre prévention, réduction des risques et soins :
– Etat des lieux du comportement addictif du patient.
– L’entretien paramédical avec une personne ayant des comportements addictifs.
– Les différents tests à utiliser pour le repérage des types d’usage (DETA, CAST, Fagerström…).
– Projet de soins du patient psychiatrique en situation d’addiction:
– Prise en charge médicale et paramédicale : traitements de substitution (opiacés et tabac) ou alternatives. Prescriptions, suivis dans le cadre de la réduction ou de l’arrêt de la substance.
– Accompagnement au sevrage.
– Etats de manque – Overdoses.
– Modalités de la réduction des risques : définition et mise en œuvre.
– Compléments à la prise en charge : ressources internes à l’établissement (approches thérapeutiques, comportementales) et intervenants extérieurs.

Addictions comportementales (sans substances) : jeux, écrans, achats compulsifs, sexe, travail…
– Repérage : questionnaires de compréhension du type d’usage.
– Spécificités et compréhension sous un angle psychiatrique : modalités du parcours de soins.

Durée : 3h00

INTERSESSION

Cette période d’un mois fait partie intégrante du processus pédagogique de formation et permet un temps de recul pour la réflexion et l’intégration des acquis par :

  • la mise en application des outils utilisés durant le stage.
  • La confrontation à la pratique de terrain.
    Le travail personnel est repris en début de deuxième session est permet l’évaluation des acquis, le réajustement pédagogique éventuel et la stimulation des actions des participants.
    2 thèmes au choix sont proposés et répartis entre les participants pour une mise en commun lors de la 2ème session :
  • Cartographie addictologique du territoire d’intervention de l’établissement.
  • Situations complexes : présentation de 3 cas, évolutions satisfaisantes et insatisfaisantes.
    Rendu : document Word qui servira de base de travail pour le groupe.

MODULE 2 – 2 JOURS – ACCOMPAGNEMENT DE LA PERSONNE EN SITUATION D’ADDICTION. ENTRETIEN MOTIVATIONNEL. MODES DE PRISE EN CHARGE. RESEAUX. PAIR-AIDANCE. PUBLICS SPECIFIQUES ET SITUATIONS COMPLEXES. BASES DE L’INTERVENTION EN PREVENTION ET EN INTERVENTION PRECOCE

1ER JOUR :
1ère demi-journée :

Retour sur la première session : acquisitions/questionnements/attentes
Recueil des travaux réalisés en intersession et reprise lors de l’abord des thématiques

Etapes du processus de changement, selon le modèle de Prochaska et DiClemente :
– Entretiens motivationnels.
– Particularités concernant les patients psychiatriques.
– Notion d’ambivalence.

Principes du soin en addictologie adapté à la psychiatrie :
– Ecoute active.
– Relation d’aide de Carl Rogers.
– Accompagnements personnalisés et construction de la relation de confiance.
– Accompagnement psychologique : présentation d’approches adaptées.

Durée : 3 heures

2ème demi-journée :

Quelles postures professionnelles face à la personne addict ? :
– Etablissement ;
– Service ; équipe ;
– Professionnel ;
– Définition du cadre, gestion des situations inhabituelles ou à risques (pour le patient, l’équipe…) : règlements, protocoles vers un travail d’équipe (valeurs, régulation).

Prise en charge des addictions et projet de service : adapter les activités aux problématiques des patients :
– Activités de groupe : créer d’autres moyens d’expression…

Durée : 3 heures

2EME JOUR :

3ème demi-journée :

Repérage précoce et intervention brève (RPIB) : FOCUS sur l’addiction au tabac, à l’alcool, aux opiacés et mise en pratique :
– Théorie : définition et déroulement du RPIB (selon la Haute Autorité de Santé).
o Tests ;
o Essai de modification ;
o Soutien et motivation.
– Pratique, en 3 groupes : choix de la situation d’un patient. Jeu de rôle : déroulement du RPIB.

Durée : 3h30

4ème demi-journée :

Importance de la pair-aidance en psychiatrie et en addictologie : plus-value de l’entraide par les pairs…
– Place du patient dans son parcours de soin ;
– Notion de patient expert, de médiateur santé pair.

Réseau de soins en addictologie : au croisement des spécialités. Rôle et missions des :
– ELSA ;
– CSAPA ;
– CAARUD …

Oser parler d’addictions en santé et en santé mentale : importance de la parole pour sortir de la honte, du sujet tabou par l’utilisation de supports pédagogiques adaptés au public :
– Présentation de plusieurs outils abordant les idées reçues, la balance décisionnelle, les étapes d’un parcours ;
– Expérimentation en groupe d’autres manières d’être et de faire et retour d’expérience.

Durée : 3h00

METHODES PEDAGOGIQUES

Active et interactive basées sur le partage des expériences, des connaissances et des représentations suivies d’apports théoriques avec documents power point et fiches de synthèse, présentation de vidéos, supports visuels, des mises en situation.•

OUTILS PEDAGOGIQUES
  • Réflexion à partir d’éléments apportés par le groupe (expériences professionnelles).
  • Travail individuel et en petit groupe, restitution dans le groupe.
  • Réflexion écho du groupe : Brainstorming et synthèse des échanges.
  • Analyse de cas concrets écrits par les participants, expériences de terrain, mises en situation.
  • Outil pédagogique : « Les cubes » (Morel et Couteron).
  • Jeux de rôle : cycle de l’assuétude.
  • Réflexion écho du groupe à partir de cas concrets suivis en services de psychiatrie.
  • Questionnaires, flyers, recommandations.
  • Travail individuel et en petit groupe autour de situations : jeux de rôle.
METHODE D’EVALUATION

QCM questionnaire d’auto-positionnement, par interaction avec le formateur à la fin de chaque séquence de travail.